Augmenter son budget sans casser ses résultats
David TouzetMise à jour le 14 septembre 202613 min de lectureTous les annonceurs ont vécu ça. Tout tourne à 30 € par jour. Vous passez à 40 €, et les résultats s’effondrent. La tentation, c’est de tout arrêter et de repartir de zéro. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Voici pourquoi augmenter son budget publicitaire Meta casse les campagnes, et comment monter sans rien casser.
Ce qui se passe réellement quand vous montez
Le mécanisme est simple. Le comprendre vous évite 90% des mauvaises décisions.
À budget modeste, Meta va chercher les personnes les plus faciles à convaincre. Celles qui vous connaissent, celles qui cherchaient déjà, celles qui sont sur le point de décider. C’est un excellent travail de sa part, et c’est ce qui explique vos bons chiffres de départ.
Le problème, c’est que ces personnes ne sont pas infinies. Vous augmentez le budget, le vivier s’épuise, le système va chercher plus loin. Et il touche des gens plus éloignés de la décision.
Or ces personnes ne sont pas mauvaises, elles sont plus lentes. Quelqu’un qui vous découvre aujourd’hui peut demander un devis dans 8 jours. Vous avez donc dépensé tout de suite, et le résultat arrive plus tard.
D’où l’effondrement apparent. Vos coûts montent tout de suite, vos conversions arrivent en décalé, et l’écran vous annonce une catastrophe qui n’en est pas une. Comptez plusieurs jours avant que l’image soit juste.
La spirale qui détruit les comptes
Voilà ce qui se passe ensuite, et c’est autrement plus grave que la baisse elle-même.
Le déroulé est toujours le même. Les résultats chutent, on panique, on met la campagne en pause, on en crée une neuve avec de nouvelles publicités. Ça repart un peu, on augmente, ça rechute, on recommence.
Au bout d’un an, le compte contient des dizaines de campagnes, dont 3 tournent encore, et rien n’a jamais eu le temps d’apprendre quoi que ce soit.
Pourquoi c’est destructeur ? Chaque campagne neuve repart de zéro. Toute la connaissance accumulée part à la poubelle, et vous repayez la phase d’apprentissage à chaque tour. Vous financez le démarrage à l’infini sans jamais toucher le rendement. C’est du pognon jeté par la fenêtre, tous les mois.
La règle qui sauve les comptes tient en une phrase. On modifie l’existant, on ne le remplace pas. Ajouter des visuels dans une campagne qui tourne vaut presque toujours mieux qu’en lancer une neuve, ce que nous détaillons dans notre article sur la structure du compte.
Fixez un seul chiffre, et pas 12
Avant de toucher au budget, il faut savoir ce que vous visez. Sans ça, la moindre variation devient une raison de paniquer.
Choisissez un seul objectif chiffré, celui dont dépend réellement votre entreprise.
- Pour une activité de services, le coût maximum acceptable pour un client signé. Pas pour un contact, pour un client. Ce sont 2 chiffres très différents.
- Pour la vente en ligne, le retour sur dépense publicitaire en dessous duquel vous perdez de l’argent.
Ce chiffre doit être un seuil de survie, pas un vœu pieux. Vous le calculez, vous ne le devinez pas. Votre marge, moins ce que coûte le traitement d’un contact. Vous avez ce que vous pouvez payer.
Tous les autres indicateurs deviennent alors secondaires. Le coût par clic, le taux d’engagement, le nombre de vues ne sont plus des objectifs, ce sont des explications. Ils servent à comprendre pourquoi votre chiffre unique bouge, jamais à le remplacer.
Une précision qui compte, surtout en petite structure. Si 4 contacts sur 5 ne répondent jamais au téléphone, votre coût par contact est un mirage. La qualité du contact passe avant tout arbitrage de budget.
Regardez 5 périodes, jamais une seule
C’est l’erreur de lecture la plus fréquente, et elle vous fait augmenter le budget au pire moment possible.
Une moyenne sur 30 jours lisse tout. Elle peut rester très flatteuse alors que les 7 derniers jours se sont dégradés, portée par un excellent début de mois.
Prenez l’habitude de regarder 5 périodes, dans cet ordre.
- 30 jours, la tendance de fond.
- 14 jours, la confirmation.
- 7 jours, la situation actuelle.
- 3 jours, le signal récent.
- La veille, le bruit, à ne jamais interpréter seul.
La règle de décision tient en une ligne. On augmente seulement si les périodes récentes sont au-dessus de l’objectif, pas juste la moyenne longue. 30 jours au vert et 7 jours qui décrochent, on ne touche à rien et on cherche pourquoi.
Cette lecture évite le scénario classique. Augmenter le budget en s’appuyant sur un bon mois, alors que la dégradation avait déjà commencé 10 jours plus tôt.
Montez par paliers proportionnés
Maintenant, le geste. L’ampleur de la hausse dépend de la marge que vous avez au-dessus de votre objectif. Pas de votre humeur.
- Juste au-dessus de l’objectif. Montez de 5 à 10%. Vous n’avez aucune réserve, vous avancez sur des œufs.
- Nettement au-dessus. 20 à 30%, sans état d’âme.
- Très largement au-dessus. Vous pouvez dépasser 50%, la marge encaissera le passage difficile.
3 précautions qui font la différence.
- Attendez 3 à 4 jours avant de juger, et avant la hausse suivante. Vous jugeriez sinon une période de recalage.
- Ne changez qu’une chose à la fois. Budget et visuels le même jour, et vous ne saurez jamais lequel a produit quoi.
- Regardez votre trésorerie. Un palier de 50% peut être optimal sur le papier et intenable pour votre compte en banque. Le bon palier, c’est celui que vous encaissez si la semaine tourne mal.
Un cas très fréquent en local. Votre marché a une taille finie. À partir d’un certain niveau de dépense, vous avez touché tout le monde dans votre zone, et aucun réglage n’y changera quoi que ce soit. C’est un plafond réel. Autant le reconnaître que le combattre à coups de budget.
La montée par paliers, calculée. Un seul chiffre à respecter, et il dépend de votre budget actuel.
python3 <<'PY'
BUDGET_ACTUEL = 20.0 # euros par jour, sur la campagne concernee
PALIER_MAX = 0.20 # on ne monte jamais de plus de 20 %
print(f" Budget actuel {BUDGET_ACTUEL:7.2f} EUR/jour")
print(f" Hausse maximale {BUDGET_ACTUEL*PALIER_MAX:7.2f} EUR")
print(f" Nouveau budget {BUDGET_ACTUEL*(1+PALIER_MAX):7.2f} EUR/jour")
print()
print(" Trajectoire jusqu'a 100 EUR/jour, en respectant les paliers :")
b, jours = BUDGET_ACTUEL, 0
while b < 100:
b *= (1 + PALIER_MAX); jours += 3 # 3 jours de stabilisation entre 2 paliers
print(f" J+{jours:2} {b:6.2f} EUR/jour")
print(f"\n ➜ {jours} jours pour passer de {BUDGET_ACTUEL:.0f} a 100 EUR/jour")
PY
Pourquoi 20 % et pas plus. Chaque modification de budget relance la phase d'apprentissage de la campagne. Pendant cette phase, la diffusion est instable et le coût par résultat monte. Une hausse trop forte remet la campagne à zéro, et vous payez cet apprentissage une seconde fois.
⚠ La spirale qui détruit les comptes, et elle commence toujours pareil. Le coût monte, on baisse le budget, l'apprentissage repart, le coût monte encore, on rebaisse. En 2 semaines la campagne ne sait plus rien de personne.
👉 La règle qui protège. Une modification, puis 3 jours sans y toucher. Regardez ensuite. Un compte publicitaire se pilote à la semaine, pas à l'heure.
Couper une publicité Meta au bon moment
Couper trop tôt coûte aussi cher que couper trop tard. Une publicité jugée sur 2 jours n’a pas eu le temps de trouver son public, et une publicité maintenue par espoir consomme chaque jour le budget des autres. Les seuils les plus cités par les acheteurs médias reposent sur une même idée, ne rien décider avant d’avoir dépensé 2 à 3 fois le coût visé pour un résultat. Ce sont des repères de praticiens, Meta ne publie aucun seuil de ce genre.
Sur un petit budget, ce délai se compte en jours, et c’est ce que l’on oublie le plus souvent. Avec 6 € par jour et un coût par lead visé de 8 €, il faut entre 16 et 24 € pour juger, soit 3 à 4 jours pour la campagne entière. Si ce budget se partage entre 4 publicités, chacune reçoit en moyenne 1,50 € par jour, et atteindre 16 € prend alors une dizaine de jours par publicité. Juger une publicité au bout d’une semaine, sur ce type de compte, revient souvent à la juger avant qu’elle ait pu produire quoi que ce soit.
Le coût par lead ne suffit pas non plus. Un lead à 4 € qui ne répond jamais au téléphone coûte plus cher qu’un lead à 9 € qui prend rendez-vous, comme le montre notre analyse des leads Facebook de mauvaise qualité. La cible à retenir est donc le chiffre unique fixé plus haut, le coût maximum d’un client, ramené au lead. Les 6 seuils de décision sont repris un par un dans les questions fréquentes en bas de page.
Repérer les publicités à couper avec l’API Meta
Le gestionnaire de publicités affiche tous ces chiffres, mais les croiser publicité par publicité sur 30 jours devient vite fastidieux dès que plusieurs campagnes tournent. L’API Marketing de Meta les renvoie en une seule requête de lecture, qui ne modifie rien dans vos campagnes. C’est la requête que nous utilisons pour auditer les comptes que nous pilotons, il suffit d’y remplacer l’identifiant du compte publicitaire et le jeton d’accès.
curl -G "https://graph.facebook.com/v25.0/act_<ID>/insights" \
-d level=ad \
-d date_preset=last_30d \
-d limit=200 \
-d "fields=ad_name,spend,impressions,frequency,ctr,actions,cost_per_action_type" \
-d "access_token=<VOTRE_JETON>" \
> insights.json
Le fichier obtenu se trie ensuite avec un court script Python, qui applique à chaque publicité les seuils repris dans les questions fréquentes. Réglez la première ligne sur votre propre coût par lead cible. Le taux de clics renvoyé par Meta est déjà exprimé en pourcentage, et le nombre de leads se lit dans les actions de type lead.
import json
CPL_CIBLE = 8.0 # euros, le coût par lead que vous jugez acceptable
def leads(ligne):
types = ('lead', 'onsite_conversion.lead_grouped')
return max([int(float(a['value'])) for a in ligne.get('actions', []) if a['action_type'] in types] or [0])
with open('insights.json') as f:
pubs = json.load(f)['data']
for p in pubs:
depense = float(p.get('spend', 0))
impressions = int(p.get('impressions', 0))
ctr = float(p.get('ctr', 0)) # déjà exprimé en %
frequence = float(p.get('frequency', 0))
n = leads(p)
cpl = depense / n if n else None
if n == 0 and depense >= 2 * CPL_CIBLE:
verdict = 'COUPER, aucun lead après 2 fois la cible dépensée'
elif n and cpl >= 2 * CPL_CIBLE:
verdict = 'COUPER, coût par lead au double de la cible'
elif impressions >= 1000 and ctr < 0.5 and (n == 0 or cpl > CPL_CIBLE):
verdict = 'À REVOIR, accroche qui n’arrête personne'
elif depense < 2 * CPL_CIBLE:
verdict = 'trop tôt pour juger'
elif frequence > 3:
verdict = 'SURVEILLER, audience qui se lasse'
else:
verdict = 'garder'
print(f"{p.get('ad_name', '?')[:40]:40} {depense:7.2f} € {n:3} leads "
f"{(f'{cpl:.2f} €' if cpl else ' - '):>9} CTR {ctr:.2f}% fréq {frequence:.1f} {verdict}")
Le verdict reste une aide à la décision, pas un ordre. Une publicité à surveiller se remplace par une publicité qui garde la même promesse sous un angle réellement différent, pour les raisons détaillées dans notre article sur l’algorithme Andromeda. Une publicité à couper se met en pause plutôt que de se supprimer, car une publicité en pause peut être rallumée. Le seuil des 72 heures sans dépense ne figure pas dans le script, il se vérifie directement dans le gestionnaire sur les publicités ajoutées dans la semaine.
Nourrissez ce qui marche déjà
Reste la question qui décide de tout. Que met-on dans une campagne dont on augmente le budget ?
La réponse va contre le réflexe naturel. Quand une publicité marche, tout le monde part chercher la prochaine idée. C’est presque toujours moins rentable que d’exploiter celle qui marche déjà.
Ce qui fonctionne, garder la promesse d’une réussite et la porter dans des publicités réellement différentes. La même promesse racontée sous un autre angle, en photo plutôt qu’en vidéo, par une autre personne, ou illustrée par un autre exemple de chantier. C’est le fond qui a convaincu, il mérite d’être exploité.
La limite est franche depuis Andromeda. Retoucher un titre, une couleur ou les 2 premières secondes ne produit pas une nouvelle publicité aux yeux de Meta. Il regroupe les visuels trop proches et les met en concurrence, ce que détaille notre article sur la diversité créative qu’attend Andromeda. Une publicité laissée seule s’essouffle en quelques semaines. Entourée de 4 publicités vraiment distinctes qui défendent la même promesse sous d’autres angles, elle tient bien plus longtemps, et c’est dans cet écart que se gagne l’argent.
Un mot pour finir sur la quantité. Les recommandations qui circulent vont de 5 à 20 visuels par ensemble, et les chiffres les plus hauts viennent de comptes qui dépensent des dizaines de milliers d’euros par mois. Pour une entreprise ordinaire, 4 à 6 visuels vraiment différents, renouvelés régulièrement, c’est déjà solide. Mieux vaut 4 visuels réellement distincts que 20 déclinaisons du même. Allez, au boulot.
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